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L’œuf au Plat

Au départ était l’œuf. Mi cuit dans son blanc, mi cru dans son jaune. Au plat donc : un moule en silicone, matière insensible aux rayonnements électromagnétiques de l’induction. A l’intérieur de celui-ci, des cercles métalliques noyés dans la masse réceptifs, eux, aux courants d’induction. Dans une parfaite géométrie copernicienne, le blanc et le jaune sont délimités par des spaghettis de poivrons verts/rouges/ jaunes. Le plat est entièrement préparé à froid, puis posé sur la plaque à 100°. L’induction ne cuisant que sur le métal, l’œuf cuit, le poivron (sur silicone) demeure froid, cru !
L’œuf à la basquaise revu, dans sa recette originelle, et corrigé, par la technique, pour rappeler, en un clin d’œil à Ferran Adria et son œuf d’asperge, que celle-ci « n’est pas contraire au sens de l’humour ! ». L’œuf sort de sa géométrie pour en recréer une autre. Œuf trompe l’œil de simplicité qui par une technicité dissimulée en devient un plat aussi complexe que la question de la poule ou de l’œuf. Magie révélée de l’induction qui chauffe mais reste froide, produit cru et cuit en simultané... L’œuf au Plat sonde le gustatif, le visuel et le sensoriel. Et confond la sémantique. Le « plat » n’est qu’un tout, homonyme de montage, de cuisson, de service, de l’intitulé... Trop plat pour accéder aux grandes tables, trop coque pour être envisagé, trop cocotte pour être considéré, ce pilier d’arrière cuisine retrouve en salle une vraie raison d’être. Le designer a réinventé les attributs, redistribué les couleurs et repensé la poule.


Recette élaborée en collaboration avec David Zuddas.


« Une assiette de cuisson sur induction avec des zones qui chauffent et d’autres qui chauffent pas... Je voulais faire du cru/cuit avec des spaghettis de poivrons, collés à la carreghénane, qui tempèrent gentiment. L’oeuf basquaise, une gourmandise un peu canaille, c’est tout couillon mais tellement bon. Ce plat revient à imaginer une approche simple et rigolote de la cuisine. Il aide à comprendre le fonctionnement de la cuisson et à montrer que la cuisine c’est tout sauf barbant. Cette assiette reste ludique sans pour autant partir dans des délires abscons. Elle suggère aussi la possibilité d’ intégrer totalement l’ustensile de cuisson en provoquant réaction, sensation et interpellation. »

David Zuddas
D2’Envies, 12 rue Odebert 21000 Dijon


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Projets issus de l'exposition Tool's Food

Galerie Fraich'Attitude, Paris 2007